Un ange à ma table

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Un ange à ma table

Message par Sylvie-Noëlle le Jeu 10 Sep - 18:55

Jane Campion s'attache ici à suivre la vie d'un personnage réel, l'écrivain néo-zélandaise (1924-2004) Janet Frame, qui a collaboré au scénario du film, Grand Prix du Jury à la Mostra de Venise en 1990. Les 3 parties du film portent le nom de livres qu'elle a écrit:To the Island, An Angel at my table et The envoy from mirror city. Les deux premières parties sont les plus intéressantes, fondatrices de l'écrivain qu'elle deviendra. Nous suivons dans son enfance et adolescence très pauvre cette petite fille grassouillette et à la chevelure rousse et brouissailleuse. Les détails des vêtements rapiécés, et du manque d'hygiène sont très bien montrés. A l'école, puis en institut de jeunes filles, elle souffre de la solitude, voire de phobie sociale et pourtant s'y complaît. Elle est toujours en train de dévorer de la nourriture et des livres. Par le regard naïf et décalé qu'elle porte sur le monde, comme observatrice de sa propre vie, la complicité a qu'elle a avec son père qui lui offre des livres et la grappe unie qu'elle forme avec ses 3 sœurs, dont les deux aînées décéderont brutalement, nous comprenons pourquoi Jane Campion a choisi de lui consacrer un film : elle y a retrouvé des thématiques chères à son cœur: la solitude, les sœurs, le rapport au corps, le rapport à la mort. Elle aurait aussi pu creuser le fait que la sœur jumelle de Janet est morte deux semaines après leur naissance.
On la voit faire des études pour devenir institutrice, parce qu'il faut bien gagner sa vie, et échouer lors d'une inspection, mais cela lui permettra d'assumer le fait qu'elle veut être écrivain.
Ce qui nous accroche dans la seconde partie, c'est la retranscription très réaliste et sans concession par Jane Campion de l'univers de l'hôpital psychiatrique pour les femmes dans lequel sera internée Janet diagnostiquée schizophrène. Son corps et ses dents qui peu à peu se dégradent, les électrochocs qu'elle subit (plus de 200), la folie de ses comparses, les traitements bizarres effectués par les infirmières et le pouvoir incroyable des médecins des années 50. Mais tant que Janet a de quoi écrire, tout va bien, ce qui n'est pas toujours le cas.Puis, grâce à un prix littéraire, elle est libérée après 8 années et n'a pas à subir la lobotomie prévue. Elle est alors mise en contact avec l'écrivain Franck Sagerson, qui l'encourage à écrire en l'accueillant, comme un frère et un mentor, chez lui. Cette relation platonique et intellectuelle, de pair à pair, reconnaissant son talent lui ouvre les portes du monde de l'édition. Fin de la seconde partie, elle part en Europe, s'ouvrir au monde.
La 3ème partie est franchement très ennuyeuse, il est en effet lassant de voir Janet, interprétée par l'actrice Kerry Fox, ouvrir ses grands yeux ébahis devant les paysages, les rencontres, même si cela consolide sa confiance en elle et lui permet de rencontrer l'amour, de subir une fausse couche, de travailler comme nurse dans un hôpital psychiatrique... et en revenant en Nouvelle-Zélande à la mort de son père, de s'affirmer totalement en tant qu'écrivain reconnu. Notre empathie pour cette femme s'émousse réellement à ce moment! C'est toute la difficulté d'un biopic dont le scénario est écrit par l'inspiration du biopic: où est la patte de Jane Campion et où est celle de Janet Frame dans cette partie?  Autant le style lent sans rythme se prête bien aux courts- métrages, autant les 1577 minutes de ce film sont trèèèèèès longues!

Sylvie-Noëlle
Invité


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